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A l'occasion du centenaire de sa naissance,
et du 15e anniversaire de son décès:
Son Excellence Monseigneur BASILE
(Krivochéïne)
Archevêque de Bruxelles et de Belgique
(1900-1985)

L'Archevêque BASILE (Vsevolod Aleksandrovitch Krivochéïne)
est né le 17/30 juin 1900 à Saint Petersbourg, dans la famille
du futur Ministre de l'Agriculture (1908-1915), A.V. Krivochéïne.
Après avoir terminé le Gymnase en 1916, il s'inscrivit à
la Faculté historico-philologique de l'Université de Petrograd.
Au printemps 1917, il déménagea à Moscou pour continuer
ses études de philologie à l'Université de cette ville.
En 1919, il participa à la guerre civile, eut les mains et un pied
gelés, et fut évacué par Novorossijsk, en février
1920, vers l'Egypte, puis la France où il vécut dans l'émigration,
et termina ses études à la Faculté de philologie en Sorbonne.
Pendant l'hiver 1922-23, il suivit des cours à la Faculté de
philosophie de l'Université de Munich. En 1924-25, il participa à
l'Action Chrétienne des Etudiants Russes (ACER) et prit part aux rencontres
d'Argeron (France).
En septembre 1925, après le Congrès de l'ACER,
au Monastère de Khopkovo en Serbie, Vsevolod Aleksandrovitch se rendit
en pèlerinage au Mont Athos. Ce voyage détermina toute son existence
ultérieure. La même année, le jour de la Présentation
de la Vierge au Temple, il fut reçu dans la fraternité du Monastère
de Saint Pantéleimon en qualité de novice. La veille de la fête
de l'Annonciation, le 24 mars 1926, il reçut la tonsure monastique
(rasophorat) avec le nom de Valentin. Un an plus tard, le 5 mars 1927, il
fit sa profession monastique (mandya) et reçut le nom de Basile, avec
l'instruction d'apprendre le grec contemporain, d'abord au monastère,
puis à Karea, la capitale athonite. Après deux ans de stage,
le moine Basile connaissait suffisamment de grec pour remplir les fonctions
de Secrétaire du Monastère, chargé de la correspondance
avec les organes administratifs du Mont Athos, le Patriarcat Oecuménique,
et l'Administration grecque. De plus, en raison de sa connaissance des langues
étrangères, il avait la charge d'accompagner de nombreux visiteurs
étrangers lors de leurs séjours au Mont Athos, en été.
Il y avait parmi eux de nombreux savants byzantinistes s'intéressant aux manuscrits anciens, et des moines
catholiques étudiant la vie monastique
en Orient. En 1942, il fut nommé "Antiprosope", représentant
permanent du Monastère au sein de l'Assemblée de la Sainte Montagne.
En 1944, il devint également membre de
l'organe administratif du Mont Athos, la Sainte Epistasie. Vers la
fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Monastère russe de Saint
Pantéleimon (Rossikon) traversait une période de crise en raison
du vieillissement et de la réduction
drastique du nombre de moines: de 550 en 1925, il était passé
à 180 en 1947, la plupart très âgés. Parmi les
raisons de l'absence de nouvelles vocations, il y a lieu de pointer en particulier
les mesures restrictives adoptées par le Gouvernement grec pour empêcher
l'arrivée d'étrangers au Mont Athos. En sa qualité de
Secrétaire du Monastère et de représentant à l'Assemblée
de la Sainte Montagne, le moine Basile a dû dénoncer ces pratiques,
ce qui a provoqué le mécontentement des personnes hostiles au
monachisme russe du Mont Athos. En septembre 1947, le moine Basile a dû
quitter son Monastère et le Mont Athos, tout en demeurant membre de
la fraternité monastique. Ayant reçu la bénédiction
de l'higoumène de son Monastère, l'archimandrite Justin, il
est allé s'établir à Oxford, en Angleterre, en février
1951, où il participa jusqu'en 1955, à la préparation
du lexique théologique de la langue patristique, sous la direction
du professeur Lumpe (paru en 1961-68). Pendant les vingt-deux années
de son séjour au Mont Athos, le moine Basile écrivit, et publia,
plusieurs travaux consacrés à l'enseignement ascétique
et à la théologie de Saint Grégoire Palamas. Ce travail
est paru en langue russe en 1937, à Prague, dans la revue "Seminarium
Kondakovianum". Par la suite traduit et publié en allemand et
en anglais, ce travail est considéré comme un classique par
les spécialistes en patristique et byzantinologie, et peut être
considéré comme une réponse aux critiques émises
par certains théologiens catholiques.
Le 21 mai 1951, avec la bénédiction du Métropolite
Nicolas (Jaruchevitch), président du Département des Relations
Extérieures du Patriarcat de Moscou, le moine Basile fut ordonné
diacre, puis prêtre le jour suivant, par l'évêque de Dalmatie
Irénée (Patriarcat de Serbie). Il fut adjoint au Doyen de l'Eglise
Saint Nicolas à Oxford, pour desservir les orthodoxes de diverses nationalités
de la ville universitaire anglaise.En avril 1957, le hiéromoine Basile
fut élevé au rang d'Archimandrite. Enfin, par décret
du 26 mai 1958 de S.S. le Patriarche Alexis Ier, et du Saint Synode, il fut appelé à
la dignité épiscopale et nommé Evêque auxiliaire
de l'Exarque Patriarcal pour l'Europe Occidentale à Paris. Son ordination
épiscopale, avec le titre d'Evêque de Volokolamsk, fut célébrée
le 14 juin 1959 dans la cathédrale russe de la Dormition à Londres
par l'Exarque Patriarcal pour l'Europe Occidentale, l'Archevêque Nicolas
(Eremine) et l'Evêque de Serguievsk, Antoine (Bloom). Lors de la cérémonie
d'investiture, la veille, l'évêque grec de Londres, Yakovos Virvos
(Patriarcat Oecuménique) a participé également. A partir de novembre
1959, l'évêque Basile s'établit
à Paris. Il prit part aux célébrations consacrées au 600e anniversaire de la
mort de Saint
Grégoire Palamas à Thessalonique, le 14 novembre 1959.
Pendant son séjour à Oxford, Monseigneur Basile s'est particulièrement
intéressé à la vie et aux travaux de Saint Syméon
le Nouveau Théologien, mystique byzantin du XIe siècle. Le fruit
de ses recherches scientifiques fut la parution dans la collection patristique
"Sources chrétiennes", en 1963-65, d'une édition critique
des "Catéchèses" de Saint Syméon le Nouveau
Théologien, en trois volumes (Editions du Cerf, Paris). Pour ce travail,
l'Archevêque Basile a été proclamé Docteur en Théologie
par l'Académie Théologique de Leningrad. Le diplôme de
Docteur lui a été remis par le Métropolite Nikodim (Rotov),
le 9 octobre 1964. Plus tard, en 1980, Monseigneur Basile publia à
Paris, en langue russe, chez YMCA, un ouvrage fondamental: "Saint Syméon
le Nouveau Théologien: Vie, spititualité, enseignement".
Le texte français "Dans la Lumière du Christ", fut
publié la même année par les Editions de Chevetogne. Le
texte grec est sorti à Thessalonique en 1983 et la traduction anglaise
en préparation en Amérique.
Après le décès de Monseigneur Alexandre
(Nemolovsky), Métropolite de Bruxelles et de Belgique, le 11 avril
1960, Monseigneur Basile a été nommé à sa place,
par décret de S.S. le Patriarche Alexis Ier et du Saint Synode, en
date du 30 mai 1960. Il est arrivé dans son diocèse le jour
des saints Pierre et Paul, de la même année. Ensuite, il s'est
rendu à Moscou, à l'invitation du Patriarcat, pour être
élevé au rang d'Archevêque, le jour de la fête de
Notre-Dame de Khazan, le 21 juillet 1960. Le diocèse de Bruxelles et
de Belgique est modeste en ce qui concerne le nombre de fidèles et
des lieux de culte. L'église-cathédrale Saint-Nicolas à
Bruxelles existe depuis 1862. C'est l'ancienne église de l'Ambassade
Russe où le culte est célébré en slavon. A l'initiative
de Monseigneur Basile, trois paroisses belges ont été créées,
deux à Bruxelles d'expression française, et une auprès
du Monastère de Pervijze, près
de Dixmude, d'expression néerlandaise.
L'Archevêque Basile a participé, comme membre
de la délégation du Patriarcat de Moscou, aux trois consultations
pan-orthodoxes de l'île de Rhodes (1961-64), et à la quatrième
consultation, en juin 1968 à Chambésy (Genève). La maîtrise
parfaite de la langue grecque, et sa connaissance des humeurs et de la psychologie
grecques, ont fait de Monseigneur Basile, le principal collaborateur du Métropolite Nikodim pendant les réunions pan-orthodoxes
qui ont décidé de commencer un dialogue théologique avec
les Anglicans. Le programme de ce dialogue a été discuté
par les membres orthodoxes de la commission à Belgrade en 1966 et à
Helsinki en 1971. Cependant, le dialogue proprement dit avec les Anglicans,
n'a débuté qu'en 1973 à Oxford. Depuis lors, Monseigneur
Basile était le représentant permanent du Patriarcat de Moscou
lors des réunions bilatérales Anglicans-Orthodoxes.
Il y a lieu de noter que la partie anglicane appréciait particulièrement
la contribution de Monseigneur Basile, qui savait allier la modération
de ses interventions avec une fermeté sans compromission dans sa défense
du point de vue orthodoxe.
En juin 1966, Monseigneur Basile s'est rendu en pèlerinage
en Terre Sainte, sur l'invitation de Sa Beatitude le Patriarche de Jérusalem,
Bénédicte. Monseigneur a célébré l'Eucharistie
sur la Tombe de Notre Seigneur et à Gethsémani, ainsi que la
grande Bénédiction des Eaux du Jourdain. Il a visité
de nombreux monastères dans le désert de Judée, Bethléem
et le Monastère de Saint Sabbas. Il a été l'invité
de la Mission Russe à Jérusalem et du couvent des moniales à
Béthanie.
L'Archevêque Basile a pris part aux travaux du Conseil
Oecuménique des Eglises. Il était membre de la commission "Foi
et Constitution" à Montréal, en été 1963.
De plus, il a été membre de la délégation de l'Eglise
Orthodoxe Russe lors de la quatrième Assemblée Générale
à Upsala en 1968. Parmi d'autres rencontre oecuméniques, il
y a lieu de noter sa participation au Congrès des Vieux-Catholiques
à Vienne en 1965, ainsi qu'aux colloques organisés tous les
ans par le Monastère bénédictin de Chevetogne (Belgique).
En mai 1971, Monseigneur Basile a pris part à la consultation
des Evêques russes à Moscou, ainsi qu'au Concile de l'Eglise
Orthodoxe Russe à Zagorsk du 30 mai au 2 juin 1971. Il a assisté
aux cérémonies de l'intronisation de S.S. le Patriarche Pimène
à Moscou, le 3 juin de la même année. L'Archevêque Basile considérait,
qu'avec l'élection du nouveau Patriarche, l'acte le plus important
du Concile a été la levée des interdits infligés
aux Vieux-Croyants par le Concile de Moscou de 1667. Il pensait, à
juste titre, que l'adoption de cette décision historique, est à
mettre au crédit du Métropolite Nikodim, dont l'énergie
débordante et l'étonnante capacité de travail, ont contribué
à arriver à des solutions satisfaisantes pour des problèmes
aussi délicats que l'autocéphalie de l'Eglise Orthodoxe d'Amérique,
ou la réactivation de la vie monastique russe au Mont Athos.
En septembre 1963, l'Archevêque Basile avait pris part
aux célébrations consacrées au Millénaire du Mont
Athos, dans l'Abbaye bénédictine de San Giorgio Maggiore à
Venise. Mais il n'a pu se rendre à nouveau dans son Monastère
qu'en avril 1977. On imagine aisément avec quelle joie il a pénétré
dans l'enceinte du Monastère qu'il avait dû quitter 30 ans auparavant,
et avec quels sentiments de gratitude il a pu constater, qu'avec l'aide de
Dieu, le monachisme russe est toujours présent au Mont Athos. Monseigneur
Basile a visité la Grèce pour la dernière fois en octobre
1979, en qualité de représentant officiel de l'Eglise Orthodoxe
Russe pour la célébration des 1600 ans de la fin bienheureuse
de Saint Basile le Grand, au Monastère de Pendeli, près d'Athènes.
En ce qui
concerne les contacts bilatéraux
avec les Catholiques Romains, il y a lieu de noter que Monseigneur Basile
s'est toujours efforcé de maintenir des relations amicales avec les
représentants de la hiérarchie catholique en Belgique, en particulier
avec le Cardinal Suenens et le Nonce Apostolique E. Cardinele. De plus, il
a participé à deux reprises, comme représentant de l'Eglise
Orthodoxe Russe, aux rencontres organisées à l'occasion des
visites pastorales de S.S. le pape Jean-Paul II, à Paris en 1980, et
à Malines en mai 1985. Peu avant l'arrivée du pape en Belgique,
Monseigneur Basile a eu la satisfaction de voir la confession orthodoxe reconnue
offficiellement par les Autorités belges, au même titre que les
Catholiques, les Anglicans, les Protestants, les Israélites et les
Musulmans.
Monseigneur Basile éprouvait une grande joie lorsqu'il
visitait sa patrie. Au cours des 29 ans qui ont suivi son premier séjour
en 1956, il y est allé près de vingt fois, participant aux offices,
visitant les églises et les monastères, ainsi que les monuments
de l'art ancien russe. Il suivait avec beaucoup d'intérêt le
développement de la vie religieuse en Russie et, au cours de ces dernières
années, il avait transféré au Monastère Danilov
à Moscou, le dévouement et l'amour qu'il éprouvait pour
la Sainte Montagne de l'Athos. Il suivait avec impatience les travaux de restauration
de ce Monastère, récemment ouvert au culte et rêvait de
célébrer un jour la Divine Liturgie dans l'enceinte du Monastère.
La renaissance d'une communauté monastique dans ce vieux quartier de
Moscou lui apportait une profonde satisfaction spirituelle. Au cours de sa
visite en octobre 1984, l'Archevêque Basile participa dans sa ville
natale à la célébration solennelle du 175e anniversaire
de la fondation de l'Académie de Théologie de Saint Petersbourg.
Le 10 septembre 1985, l'Archevêque Basile revint dans
sa ville natale pour la dernière fois. Il participa à la célébration
de la fête de Saint Alexandre Nevski, et à la procession festive
avec bénédiction de l'eau, le 12 septembre 1985. Quelques jours
plus tard, il célébra
sa dernière Eucharistie dans l'église même où,
85 ans auparavant, il s'était uni au Christ dans le Sacrement du Baptême.
Après la Divine Liturgie, concélébrée avec le
Métropolite Antoine (Melnikov), le Dimanche 15 septembre dans la cathédrale
de la Transfiguration récemment rénovée, Monseigneur
Basile se sentit mal et fut transporté à l'hôpital. Une
semaine après, à l'aube du 22 septembre 1985, il s'éteignit
paisiblement dans le Seigneur.
Le clergé de la cathédrale Saint-Nicolas de Saint
Petersbourg revêtit le corps du défunt des habits pontificaux
et procéda à la mise en bière et au premier service funèbre.Ensuite,
le cercueil fut transporté dans la cathédrale de la Transfiguration
où furent chantées des absoutes, suivies de la lecture rituelle
de l'Evangile. Un parastase (office funèbre) fut célébré la veille des
funérailles. C'est le Métropolite Antoine de Leningrad et de Novgorod
qui présida la Liturgie des funérailles solennelles et les absoutes
monacales en concélébration avec le Métropolite Philarète
de Minsk et de Biélorussie, Président du Département
des Relations Extérieures du Patriarcat, et le Métropolite Vladimir
de Rostov et de Novotcherkast, Exarque Patriarcal pour l'Europe Occidentale,
venus spécialement pour honorer la mémoire du défunt.
Des parents de Monseigneur Basile et les représentants des Services
d'Edition du Patriarcat sont également venus de Moscou. Après
les absoutes, le corps du défunt fut porté en procession autour
de la cathédrale de la Transfiguration. Conformément au désir
de ses proches, l'inhumation a eu lieu au cimetière Serafimovskoe à
Leningrad.
Le neuviève jour après le décès,
un office solennel fut célébré à la mémoire
de Monseigneur Basile, dans l'église-cathédrale Saint-Nicolas
à Bruxelles, sous la présidence de Son Eminence le Métropolite
Pantéleimon, Exarque du Patriarche Oecuménique pour la Belgique,
les Pays-Bas et le Luxembourg, entouré des représentants du
clergé des Patriarcats de Constantinople, de Moscou et de Roumanie.
Plusieurs hautes personnalités ont assisté à la cérémonie,
parmi lesquelles il y a lieu de citer le Nonce Apostolique en Belgique, l'Archevêque
Angelo Pedroni; le représentant personnel du Cardinal Danneels, l'Evêque auxiliaire Luc De Hovre; l'Evêque anglican
Ambrose Weeks, Légat de l'Archevêque de Canterbury; le Prieur
du Monastère bénédictin de Chevetogne, le R.P. Michel
Van Parijs; le Chanoine Albert Houssiau, et un Représentant spécial
du Département des Cultes du Ministère de la Justice, Monsieur
Gijselinks.
En conclusion, nous croyons utile de citer, in extenso, deux
extraits du testament du prélat défunt, exprimant clairement
l'essence de l'héritage spirituel, dogmatique et canonique qu'il nous
a laissé:
"J'adresse à notre Archevêché et à
nos paroisses ma prière instante et mon testament archiépiscopal
pour qu'ils conservent une Orthodoxie sans faille et sans faiblesse, et qu'ils
n'acceptent aucun compromis dogmatique éventuel qui puisse nuire à
la plénitude de notre Foi orthodoxe."
"Je prie le clergé et les fidèles
de l'Archevêché de garder leur fidélité, après
ma mort, à notre Mère l'Eglise Orthodoxe Russe, et de ne passer
sous aucune autre juridiction de leur propre initiative et sans la bénédiction
du Patriarcat de Moscou".
Protodiacre Michel GORODETSKY