Vladimir Ronin
La
vie de l'Eglise russe à Anvers
Parmi les centres de l'émigration
russe en Belgique après 1920, Anvers est, peut-être,
le moins connu. Cependant, en 1930, la province d'Anvers comptait 2370
réfugiés russes, presque 27 % du nombre total pour le
royaume
[1]
.
Seule la ville de Bruxelles hébergeait une communauté
russe encore plus importante. Sur les rives de l'Escaut, les émigrés
"blancs" avaient leurs propres organisations, une bibliothèque,
des restaurants, leurs activités sociales et culturelles, et,
nous allons le voir, leurs églises
[2]
.
Mais la plupart des Russes à
Anvers étaient des marins, souvent absents de la ville, ce qui
fait que le noyau actif de cette colonie d'émigrés ne
comptait que 150 à 200 personnes. A une heure de Bruxelles, les
Russes d'Anvers se sont généralement orientés vers
ce centre principal de l'immigration russe en Belgique, et leurs propres
activités sociales et culturelles étaient toujours considérées
comme un modeste supplément à ce qui se passait dans la
capitale.
De plus, vers la fin de la guerre 40-45,
- surtout à cause des bombardements d'Anvers par les V-1 et les
V-2 - une partie considérable de la population russe est partie
pour Bruxelles. Plus tard, plusieurs autres Russes d'Anvers se sont
également dispersés dans toute la Belgique. Dans les années
50, la vie sociale, culturelle et religieuse, qui avait pu se développer
de façon autonome au sein de la communauté russe d'Anvers,
était déjà pratiquement éteinte. Seul un
petit groupe de survivants se souvenait encore de son passé dans
cette ville avant la guerre. C'est pourquoi la ville sur l'Escaut, en
tant que foyer des émigrés russes, est longtemps restée
dans l'ombre, sans attirer l'attention des historiens.
L'histoire de quelque deux milles Russes
à Anvers des années vingt et trente n'est pas encore écrite.
Et pourtant, en étudiant cette communauté russe plutôt
petite, on pourrait avoir une idée plus précise de l'existence
sociale et spirituelle des émigrés, surtout de la masse
plus ou moins anonyme des milliers de réfugiés qui n'étaient
ni écrivains, ni généraux de l'armée blanche
et qui, pour cette raison, intéressent trop rarement les chercheurs.
Mais ce sont justement ces gens-là qui constituaient la Russie hors-frontières, lecteurs de Bounine et de
Nabokov et auditeurs de Chaliapine et de Vertinsky. Et comme partout,
c'est l'Eglise qui était pour les Russes d'Anvers le facteur
d'organisation le plus important. Reconstruire l'histoire de leurs paroisses,
c'est mieux comprendre ce qui les unissait - et ce qui les divisait.
Mais, à Anvers, à la
différence de Bruxelles ou de Liège, les paroisses orthodoxes
russes ont déjà disparu vers 1960 et leur histoire trop
courte est tombée dans l'oubli. Les églises russes de
Bruxelles et de Liège sont mentionnées dans plusieurs
publications; on peut trouver leur historique dactylographié
ou polycopié à l'ordinateur. Mais de l'Eglise russe d'Anvers,
même les travaux spécialisés sur l'émigration
russe en Belgique n'en parlent pas
[3]
ou, alors, ils se contentent d'une seule phrase
[4]
.
Quelques renseignements concernant
l'Eglise russe à Anvers se retrouvent dans la tradition orale,
dans les entretiens que j'ai eus, en 1992-1998, avec une dizaine d'anciens
Anversois d'origine russe dans tous les coins de la Belgique. Dans les
années trente et quarante, ils étaient encore très
jeunes ou même enfants et leur mémoire a retenu un tas
de détails vifs et remarquables. On peut compléter cette
tradition orale par un texte publié: Het
verbrande testament (1979),
les mémoires de Michel Oukhow (1926-1997), un historien,
à moitié russe, qui, adolescent, fréquentait avec
son père l'église russe à Anvers. Certains évènements
de la vie religieuse russe sur les rives de l'Escaut ont également
été mentionnés dans la presse, le plus souvent
dans l'hebdomadaire russe à Bruxelles, Russkij
Ezenedel'nik v Bel'gii,
dont la collection pour les années 1931-1939 est conservée
à la Bibliothèque Royale à Bruxelles.
Mais
ce n'est que dans les archives que l'on peut trouver des informations
plus complètes et plus précises. J'ai appris, de mes entretiens
avec les anciens émigrés, que la paroisse orthodoxe russe
la plus importante à Anvers ressortissait à la juridiction
du métropolite Euloge; elle faisait partie de son Archevêché
des Eglises orthodoxes russes en Europe Occidentale. L'Administration
Diocésaine de l'Archevêché se trouve à Paris,
12, rue Daru, et c'est là qu'avec le concours de l'archiviste
prince S. S. Obolensky, j'ai découvert des documents relatifs
aux différentes paroisses orthodoxes russes en Belgique, y compris
celle d'Anvers: correspondances, procès-verbaux des assemblées
paroissiales, registres des mariages, etc. Dans ses mémoires
Put'
moej izni
[Le chemin de ma vie] (1947), le métropolite Euloge (V.S.
Guéorguievsky) (1868-1946) décrit, lui-même,
brièvement, "son" église à Anvers.
Cependant, on a toujours très
peu d'informations sur la vie religieuse des Russes d'Anvers dans les
années vingt. La situation à Anvers avant la fondation
de son église russe est traitée dans un Rapport
dactylographié, rédigé, probablement en 1941, par
le prêtre russe de l'époque: La paroisse
existe, de fait, depuis 1928, mais, dans le premier temps, on n'avait
ni sa propre église, ni un prêtre. Les services étaient
célébrés par un prêtre qui venait de temps
en temps de Bruxelles, d'abord dans un appartement privé et puis,
dans des églises protestantes, l'une belge et l'autre suédoise
[5]
.
Aussi, l'archevêque Alexandre (A.A.Némolovsky)
(1880-1960), qui, depuis 1929, à Bruxelles, administrait les
Eglises orthodoxes russes de la Belgique et des Pays-Bas, rapporte-t-il
au métropolite Euloge, le 2 juin 1933, comment les Russes d'Anvers
ont vécu avant la fondation de leur propre église: Depuis sept ans, l'archiprêtre
Vladimir Fedorov faisait la navette entre Bruxelles et Anvers pour
célébrer la liturgie de Dieu, tantôt dans une salle
louée, tantôt dans l'église protestante suédoise,
une fois par mois, ce qui, selon le Père Fedorov, était
tout à fait suffisant, car il n'y avait que très peu de
peuple à Anvers. Si les renseignements de l'archevêque
sont précis, les offices religieux réguliers ont commencé,
pour la communauté russe d'Anvers, sept ans avant 1933, c'est-à-dire
en 1926.
A partir des années vingt, années
durant lesquelles le dialogue oecuménique entre les différentes
confessions chrétiennes prend son essor, les protestants, au
moins en Belgique, mettaient assez souvent leurs églises à
la disposition des émigrés russes. A Bruxelles, parfois,
Mgr Alexandre célébrait la liturgie dans une église
anglicane, tandis qu'à Anvers, comme on peut le constater, les
Russes ont pu compter, plus d'une fois, sur l'hospitalité de
l'église luthérienne auprès de la Mission Suédoise
pour les marins, au 213, boulevard Italiëlei.
Selon Mme V.V.Kartchaguine-Lévikoff
( 1907), à
l'époque où les Russes d'Anvers n'avaient pas encore leur
propre église, ils fréquentaient, de préférence,
l'église grecque, 5, rue Jan van Gentstraat, d'autant plus que
le prêtre parlait assez bien le russe et pouvait même entendre
la confession des Russes dans leur langue maternelle
[6]
.
C'est toujours à l'église grecque qu'ont été
baptisés, en 1926-1927, les fils du docteur D.A.Orloff,
habitant, lui aussi, à Anvers
[7]
.
Est-ce que la fameuse « scission
de Karlovtsy » au sein de l'Eglise russe dans l'émigration
se laissait déjà sentir chez les Russes d'Anvers au début
des années trente? En 1921, au premier synode du clergé
et des laïques russes émigrés, à Sremski Karlovci
(Karlovtsy), en Serbie, se sont manifestés les désaccords
entre le futur métropolite Euloge et certains autres évêques,
sur l'opportunité de restaurer en Russie
La colonie russe de Belgique n'a pas
non plus été épargnée par les clivages entre
les deux juridictions. On parlait de nos églises
à nous et de vos
églises à vous. En 1931,
le métropolite Euloge est passé avec son diocèse
sous la juridiction du patriarche de Constantinople. L'opposition entre
les eulogiens et les synodaux
s'est accentuée de manière encore plus forte.
A Anvers, un télégramme
de Mgr Euloge, du 29 janvier 1931, a exalté les mérites
du prince I.N.Mestchersky (1861-1932), marguiller
de la communauté ecclésiastique d'Anvers,
dans l'organisation de cette communauté, aussi bien que son
amour et son zèle pour l'Eglise de Dieu.
On ne sait pas grand-chose de cette communauté eulogienne, fondée,
probablement en 1930, par le vieux prince Mestchersky, l'ancien maître
de cérémonies à la cour de l'impératrice-mère
Maria Fedorovna. Selon les procès-verbaux de l'assemblée
paroissiale du 4 juin 1933, la communauté existait grâce
aux dons volontaires qui couvraient tous les frais,
y compris le loyer d'un local pour les services et une rémunération
pour le prêtre bruxellois.
Les activités des synodaux,
à Anvers, au début des années trente, sont encore
moins connues. En décembre 1932, l'icône de Notre-Dame
de Koursk, que l'Eglise Russe hors-frontières avait transporté,
plus d'une fois, d'un pays à l'autre, est arrivée pour
un jour à Anvers. Dans une maison privée (21, avenue Varenlaan),
on a célébré un Te Deum orthodoxe russe
[9]
.
C'était l'adresse de la famille Terpougoff, synodaux
convaincus, qui, tout comme les Tchébycheff, ont aménagé,
chez eux, une chapelle domestique.
Rien ne présageait encore, à
Anvers, la fondation d'une vraie église russe. Mais, en 1933,
les clivages entre les juridictions ennemies ont radicalement transformé
la vie religieuse des Russes d'Anvers. A en croire la lettre de
l'archevêque Alexandre, du 2 juin 1933, à Mgr Euloge, c'est
à cause des activités accrues des synodaux
à Anvers, au printemps 1933, que la fondation d'une paroisse
eulogienne autonome dans cette ville était devenue nécessaire
et urgente. La nuit de Pâques, à
notre plus grande surprise, le hiéromoine Innocent (de la scission
de Karlovtsy) a célébré les offices à Anvers,
et beaucoup de Russes se sont réunis. Cette nouvelle m'a fait
aller voir comment est la situation à Anvers. Le 28 mai, j'ai
célébré la liturgie de Dieu dans l'église
protestante suédoise, assisté par l'achiprêtre V.
Fedorov....
Ce fut l'office religieux le plus solennel que les Russes d'Anvers aient
jamais pu voir dans leur ville et qui les enthousiasma énormement.
Mais l'archevêque lui-même était profondément
inquiet: le hiéromoine de Karlovtsy
pouvait, peu à peu, attirer de son coté toutes les ouailles
eulogiennes d'Anvers.
Le Père Innocent (I.K.Anissimoff), âgé de 30 ans, s'est installé
à Anvers en avril 1933. Il habitait une petite chambre chez les
Tchébycheff, au 207, avenue Haantjeslei, et, d'après son
dossier aux Archives de la Ville d'Anvers, heeft
er twee dagen per week den kost. Hij gaat ook bij verschillende van
zijner parochianen eten
[10]
. Avec leur propre prêtre chez eux, les synodaux
d'Anvers ont déployé une activité sans précédent.
A toutes les grandes fêtes, on célébrait les offices
chez les Tchébycheff ou chez les Terpougoff. En juin 1933, la Communauté
Orthodoxe Synodale d'Anvers a même
annoncé dans l'hebdomadaire russe à Bruxelles qu'en attendant
l'aménagement de son église permanente, on organisait
les services dans un local provisoire (207, avenue Haantjeslei), tous
les samedis, dimanches et jours de fête
[11]
.
Cette annonce adressée à tous les Russes de Belgique certifiait
l'influence grandissante des synodaux
à Anvers, où ils espéraient même aménager
sous peu leur propre église permanente.
On comprend que l'archevêque
eulogien suivait avec beaucoup d'attention la tactique des adversaires
et avait hâte de riposter. Pour ne pas
perdre définitivement notre communauté à Anvers,
écrit-il à Mgr Euloge le 2 juin 1933, j'ai
fait en sorte que la liturgie de Dieu fût célébrée
le jour de la Sainte Trinité, car le hiéromoine Nikon
(...) s'est installé à Anvers et il faut nous dépêcher.
Cet autre prêtre de la juridiction de Karlovtsy, Nikon (N.N.Strandtman),
venu, en mai 1933, se joindre au Père Innocent, était
bien plus âgé et expérimenté. Ancien colonel
de l'armée russe et frère du dernier ambassadeur du tsar
en Serbie
[12]
,
il pouvait avoir beaucoup d'influence sur les Russes d'Anvers, au détriment
de l'Eglise eulogienne.
On ne sait pas très bien si
les ouailles de Mgr Alexandre à Anvers désiraient, elles-mêmes,
une paroisse autonome pour tenir tête à l'expansion des
synodaux,
ou si elles se contentaient de ce qu'elles avaient depuis sept ans:
des offices célébrés, une fois par mois, ça
et là, par un prêtre venant de Bruxelles. A en juger d'après
ses lettres, l'archevêque, venu, le 28 mai, pour quelques heures
à Anvers, a trouvé, lui-même, la solution et l'a
plus ou moins imposée à la communauté eulogienne
locale. La correspondance avec Paris révèle que les Russes
d'Anvers craignaient qu'une paroisse autonome puisse entraîner
trop de dépenses. Mais, à Bruxelles, on leur a promis
un soutien financier, et c'est justement cette promesse-là qui
a permis de trancher l'affaire.
Homme politique résolu et autoritaire,
Mgr Alexandre a souhaité, le 28 mai, qu'une semaine plus tard,
le 4 juin, le jour de la Sainte Trinité, fût fondée,
à Anvers, la paroisse autonome de Saint-Georges le Triomphateur.
Chez les émigrés russes, il y avait très peu d'églises
dédiées à Saint-Georges. Pourquoi a-t-on donc choisi
Saint-Georges comme patron de la paroisse? J'espère avoir trouvé
une réponse: l'archevêque Alexandre fêtait son anniversaire
le 27 novembre
[13]
,
le lendemain de la Saint-Georges d'automne. Ce détail ne peut
que confirmer que la première paroisse russe autonome d'Anvers
a été fondée à l'initiative personnelle
de Mgr Alexandre.
Le 4 juin 1933, à Anvers, toute
la communauté orthodoxe russe d'obédience eulogienne devait
donc se réunir pour instituer la nouvelle paroisse. Le pasteur
suédois a de nouveau ouvert les portes de son église,
mais par la suite, les Russes auraient préféré
célébrer leurs offices réguliers dans l'église
grecque. Aménager leur propre église? Les Russes d'Anvers
n'en étaient pas encore là, à ce moment de leur
histoire.
Il fallait avant toute chose trouver
un prêtre qui puisse résider à Anvers, parmi ses
paroissiens, et être toujours à leur disposition. De plus,
il fallait agir vite. Selon l'archevêque, l'Eglise eulogienne
risquait à tout moment de perdre Anvers. Pour organiser la paroisse,
il a choisi le Père Georges (G.V.Tarassov) (1893-1981), une personnalité
forte et remarquable. Ingénieur chimiste et aviateur de guerre,
il s'est fait ordonner prêtre et dirigeait, dès 1930, les
paroisses d'étudiants russes à Louvain et à Gand
[14]
.
Le 4 juin, après la liturgie,
l'assemblée générale des paroissiens s'est prononcée
unanimement pour la fondation de la paroisse, avec son prêtre
résidant à Anvers, pour célébrer les offices,
enseigner la religion orthodoxe aux enfants russes et satisfaire les
besoins spirituels des adultes. Une des questions
principales, rapporte le Père Georges
à l'archevêque Alexandre, est
de s'occuper (...) des marins, qui, en partie, travaillent dans le port,
et en partie, arrivent en bateaux et restent un certain temps à
Anvers. Parmi eux, il y a des marins qui n'ont pas fait leurs dévotions
depuis 8 à 10 ans. Pour célébrer les offices réguliers,
desservir une telle paroisse et assurer le contact avec les marins,
il faut un prêtre, toujours présent dans la ville.
L'assemblée a élu le
premier Conseil paroissial. Le docteur Orloff, âgé
de 40 ans, lui-même fils d'un prêtre, est devenu marguiller,
le vrai moteur de la vie religieuse au sein de la communauté
russe d'Anvers. P.Ou.Oukhow (1891-1990), capitaine de l'armée
blanche et ouvrier-magasinier à Anvers, était désormais
trésorier et secrétaire. Pour diriger le choeur, on s'est
adressé à N.A.Néjinsky (1902-1968), sous-lieutenant
au même régiment, qui, à Anvers, gagnait sa vie
comme peintre en bâtiment et joueur de balalaïka dans un
café près de la gare. La présidence de la Commission
de contrôle a été confiée au comte N.L.Mouravieff
(1866-1940), le dernier gouverneur de Moscou, engagé, à
Anvers, comme aide-comptable dans une compagnie de transport. Comme
plusieurs émigrés, ils menaient tous une double vie: les
jours de semaine, on traînait une modeste existence d'ouvrier
ou de petit employé, mais le dimanche, parmi les siens,
on se voyait redevenir officier, directeur du gymnase, gouverneur d'une
province...
Au comble de la grande crise des années
trente, il s'agissait d'être extrêmement méticuleux
en traitant les problèmes financiers de la paroisse. Il fallait
surtout attirer le plus de croyants possible, et dépenser le
moins. Plusieurs paroissiens étant
gravement touchés par le chômage, l'assemblée n'a
pas voulu aborder la question des cotisations obligatoires pour ne pas
accabler les uns au-dessus de leurs moyens et ne pas détourner
les autres de la participation à la vie de la paroisse. Pour les
mêmes raisons économiques, on espérait pouvoir se
servir de l'église grecque plutôt que de l'église
suédoise, parce
que les offices célébrés dans une église
orthodoxe pourraient pousser même les indifférents à
assister aux services religieux, et il serait plus facile d'organiser
les services.
En général, le Père
Georges, qui présidait l'assemblée, note avec plaisir
l'unanimité des paroissiens et leur volonté
ferme de mettre au point la paroisse.
Pas
de ferveur passagère, mais un jugement réfléchi,
raisonnable et pratique précède leur décision.
Le problème du traitement pour le prêtre inquiète
le Conseil paroissial, car le budget ne permet pas d'y assigner plus
de 400 fr. par mois. Puis, vient le problème des livres et des
vases sacrés, des notes de musique, etc. (...) D'ailleurs, malgré
toutes leurs préoccupations, le moral des paroissiens est excellent.
Le 3 juillet 1933, l'Administration
Diocésaine de l'Eglise eulogienne, à Paris, a approuvé
la création de la nouvelle paroisse. Parmi les grandes villes
belges, où s'est organisée une paroisse orthodoxe russe
avec son propre prêtre, Anvers a été la dernière,
après Bruxelles (1862), Liège (1925), Charleroi (1927),
Louvain (1928) et Gand (1930).
La lettre du Père Georges à
Mgr Alexandre s'achève par un avertissement: Mais
on ne doit pas tarder avec l'arrivée du prêtre, parce qu'une
certaine nervosité, l'impatience d'avoir le plus vite possible
son propre guide spirituel se font quand même sentir.
Cependant, ce problème était encore loin d'être
résolu. Le Père Georges aurait bien voulu déménager
à Anvers, mais il était, jusqu'au mois de novembre, engagé
comme ingénieur à une fabrique bruxelloise. Un
tel délai, écrit l'archevêque,
très inquiet, à Mgr Euloge, peut
nuire sérieusement à la paroisse d'Anvers, jusqu'à
la perte de celle-ci, car le hiéromoine errant Innocent, de la
scission de Karlovtsy, s'est déjà installé à
Anvers (même s'il n'a que quatre familles comme paroissiens).
Il faut immédiatement envoyer à Anvers un hiéromoine
(on demande un vieux), pour qu'il y réside en permanence.
La correspondance entre Anvers, Bruxelles
et Paris, ces jours-là, était dominée par les mots
immédiatement
et le plus vite possible.
Pour l'Eglise eulogienne, à Anvers, il n'y avait pas un jour
à perdre. L'archevêque Alexandre suppliait son supérieur
d'envoyer
un hiéromoine qui pourrait demander un visa provisoire, ne fût-ce
que pour trois mois, pourvu qu'il vienne le plus vite possible, et après,
il prolongerait son visa.
Le métropolite a choisi le prêtre
célibataire Stéphane (Timtchenko), âgé
de 35 ans, diplômé de l'Institut de Théologie Orthodoxe
à Paris. Comme prêtre de la paroisse de Belfort, en France,
il s'est distingué par sa force de caractère et son talent
d'organisation
[15]
.
Le 28 juillet, il a été transféré à
Anvers, chargé
d'organiser une paroisse dans cette ville.
La seule chose, dont il n'était
pas question, ni dans la correspondance, ni dans les procès-verbaux
de la première assemblée paroissiale, c'était l'aménagement
d'une vraie église russe à Anvers. Mais les négociations
avec les Grecs n'ont rien donné, et pour célébrer
les offices orthodoxes dans une église luthérienne, il
fallait chaque fois réaménager les lieux, ce qui constituait
une pratique chère et peu commode. De plus, on ne pouvait disposer
de l'église suédoise qu'une ou deux fois par mois. Il
ne restait qu'une seule solution: installer sa propre église.
Le
même pasteur suédois a consenti à louer aux Russes
pour leur église un local derrière le jardin de la Mission
Suédoise, 213, boulevard Italiëlei. Dans les années
'60, tout ce complexe architectural a été démoli,
mais les Russes d'Anvers se souviennent d'un bâtiment en pierre,
spacieux, avec une large porte cochère: probablement, un ancien
hangar pour les carosses, ou une écurie
[16]
.
Il est vrai que le Rapport
dactylographié du prêtre russe d'Anvers (1941) parle de
l'église
dans une ancienne salle de gymnastique. Sous les
Suédois, en tout cas, c'était une salle de lecture. Les
Russes devaient maintenant la transformer en une vraie église
orthodoxe.
Pour organiser définitivement
la paroisse et aménager l'église, il a fallu toute l'énergie
et la résolution du Père Stéphane, installé
depuis septembre 1933 à Anvers. Mais dans ses lettres au secrétaire
de l'Administration Diocésaine, à Paris, le ton est toutefois
bien pessimiste: est-ce que cela valait bien la peine d'instituer à
Anvers, en pleine crise économique, avec des paroissiens peu
nombreux et démunis, une paroisse autonome, et par-dessus le
marché, une église?
Vous ne pouvez pas vous imaginer, écrit-il,
combien c'est difficile. Avec
le secours de Dieu, on a déjà réussi quelque chose,
mais ce n'est qu'une goutte d'eau dans la mer par rapport à ce
qu'on a encore à faire.... Il ne cachait
pas non plus qu'à Bruxelles, les autorités ecclésiastiques
auraient mieux fait de ne pas encourager les Russes d'Anvers par des
promesses trop hâtives de soutien matériel. J'ai
déjà écrit à Mgr le Métropolite que
la paroisse, du point de vue financier, ne peut pas exister. Maintenant,
je fais de mon mieux pour montrer que j'avais tort dans mes conclusions.
Mais je crains que je n'y parvienne pas, si je ne trouve pas un boulot
qui me permettrait d'avoir un logement à moi. La paroisse
n'ayant pas de moyens pour assurer à son prêtre un appartement,
le Père Stéphane logeait chez le docteur Orloff, le marguiller.
La famille Orloff a toujours accueilli le
petit père comme un des siens, mais pour
celui-ci, cette situation restait quand même très embarrassante.
Le prêtre priait l'Administration Diocésaine
de lui envoyer des manuels
de religion orthodoxe et de langue russe pour l'école paroissiale,
et pour la raison de notre pauvreté, gratuitement.
Le 5 novembre, l'assemblée de la paroisse a constaté sa
triste situation financière et l'épuisement de tous les
moyens de l'améliorer. On ne pouvait payer aux Suédois
que 150 francs par mois, la moitié du loyer demandé (les
Suédois l'ont, d'ailleurs, accepté, et pendant plusieurs
années, ils n'ont jamais augmenté le loyer d'un franc).
En outre, le Conseil paroissial a adressé à Paris son
humble demande de prêter à la paroisse, dans ses premiers
temps, tout le secours d'argent possible. Cette demande
désespérée, renouvelée plus d'une fois depuis,
n'est pas restée sans écho: en 1934, l'Administration
Diocésaine a assigné à la paroisse de Saint-Georges
une modeste subvention de 75 francs français, juste assez pour
payer le prêtre.
L'église a été
aménagée par des efforts collectifs de toute la paroisse.
Ce travail lui a fait oublier, pour un moment, les barrières
sociales au sein de l'émigration, et surmonter les tensions entre
l'élite
et les ouvriers.
Par exemple, pour plâtrer l'église et réparer la
porte, l'élite,
qui constituait le Conseil paroissial, a battu le rappel des matelots
russes dans le port, généralement traités de haut
[17]
.
Les Russes d'Anvers se rappellent aussi le Père Stéphane
lui-même, qui, la soutane retroussée, nettoyait l'église
et la réparait comme un charpentier.
Chacun a offert à la nouvelle
église une des ses icônes de la maison, apportées
de Russie
[18]
.
D'autres icônes ont été peintes dans l'émigration.
M.Oukhow, adolescent, admirait pendant les services de
grote panelen met de Byzantijnse heiligen. Libre penseur,
il se souvenait avec ironie de ce temple des réfugiés
russes à Anvers: Die panelen
zelf waren weer een van die zielige nabootsingen uit de grote kathedralen
van weleer. In het Westen geschilderd door een
slecht amateur, doch onder luidde toejuichingen en welwillende aanmoedigingen
van een van elke artistieke vorming gespeende groep geïnteresseerden,
redde het geloof de schoonheidsgebrekken
[19]
. La paroisse était tellement à court d'argent que, pour acheter
des vases sacrés, le Père Stéphane a fait un appel
aux Russes dans toute la Belgique par l'hebdomadaire russe à
Bruxelles
[20]
.
Malgré toutes les difficultés, l'inventaire de l'église
comptait, en 1936, 129 objets, dont l'iconostase
composé de 17 icônes et huit
livres liturgiques.
Le 6 mai 1934, à l'occasion de la fête
patronale de la paroisse, la Saint-Georges de printemps, l'archevêque
Alexandre est venu lui-même, de Bruxelles, célébrer
la liturgie à l'église d'Anvers. Il a tout de suite rapporté
ses impressions à Mgr Euloge: Un
local, loué par la paroisse (...), est si heureusement aménagé
pour les offices orthodoxes qu'on ne désire pas mieux. Il y a
un iconostase avec de très bonnes icônes, un lustre, des
chandeliers; les murs sont décorés, sans bariolage, des
petites croix d'or; on a acheté des vêtements liturgiques
blancs pour le prêtre et le diacre. Dans le sanctuaire, tout est
en règle. En somme, tout est beau et harmonieux, une ambiance
qui invite aux prières....
La presse anversoise était,
elle aussi, pleine d'admiration et fière de la nouvelle église:
Groupés
sous l'égide de St-Georges (...), saint patron de leur patrie,
les exilés ont constitué une paroisse, noyau de vie spirituelle,
qui les rapporte par le coeur et le souvenir loin en arrière,
au temps des années heureuses. Un autre
journal anversois exalte les ornements: Les réfugiés
russes d'Anvers ont édifié avec des soins minutieux une
ravissante chapelle dont la décoration ajoute à l'attrait
du goût le sens de l'harmonie
[21]
.
Le métropolite Euloge lui-même
a visité ses
fidèles d'Anvers, en décembre 1934 et en septembre 1935,
pour y célébrer la liturgie. On lit dans ses mémoires:
Une
salle grande et claire. Les paroissiens sont peu nombreux, mais la plupart
d'entre eux vit dans l'aisance; pas d'extrême pauvreté
de réfugiés
[22]
.
Ceci
n'est pas une église typique des réfugiés,
a-t-il dit de l'église Saint-Georges d'Anvers.
Cette église se distinguait
donc par son bel aménagement, tandis que la paroisse souffrait
de pénurie, même si la majorité des croyants pouvait
plus ou moins joindre les deux bouts. Mais n'oublions pas que parmi
les quelque deux milles émigrés russes à Anvers,
il n'y en avait que 150 qui fréquentaient l'église. Le
nombre des participants aux assemblées générales
de la paroisse n'a jamais atteint les 30 personnes. Avec ses paroissiens
si peu nombreux, l'église Saint-Georges ne pouvait vraiment pas
sortir de la misère.
Les moyens d'existence de la paroisse
venaient principalement des grands concerts-bals de bienfaisance
qu'on organisait, jusqu'en 1939, dans différentes salles de la
ville, au carnaval ou avant la Noël. Le clou du programme était
chaque fois le fameux baryton russe G.M.Youreneff (1891-1963),
engagé, en 1933-1939, à l'Opéra Flamand d'Anvers.
Ce grand artiste, à cette époque-là souvent comparé
avec Chaliapine, est devenu le bienfaiteur le plus important de la paroisse.
Pour l'engager encore davantage à la bienfaisance, le métropolite
Euloge a conféré à Youreneff, en février
1935, le titre de curateur
de l'église Saint-Georges. Un tel
concert-bal de bienfaisance, organisé au profit des la paroisse
ou des Russes nécessiteux d'Anvers, un grand gala, où,
d'après le journal Le Matin,
le
gratin d'Anvers se donne rendez-vous
[23]
,
rapportait facilement un revenu de dix mille francs. Cela permettait
de payer non seulement le loyer aux Suédois et le traitement
du prêtre, mais aussi, de temps en temps, une assiette
de soupe gratuite pour les chômeurs
russes affamés et même un logement pour les plus démunis
des paroissiens.
La situation financière de la
paroisse s'améliorant peu à peu, on a pris, en 1936, quelques
nouvelles initiatives. Une caisse d'entraide aux paroissiens,
avec ses prêts de circonstance à 6 mois, a beaucoup aidé
les Russes d'Anvers, et plus spécialement les marins et les dockers
dans le port. A la demande de l'Administration Diocésaine, on
a également fait une collecte au profit du Comité de secours
destiné aux populations en Russie souffrant de malnutrition.
En même temps, le Père Stéphane a lancé,
dans Russkij
Eenedel'nik,
un appel à tous les Russes de Belgique afin qu'ils offrent des
livres et des revues russes aux 16 compatriotes, détenus pour
vagabondage dans la colonie pénitentiaire de Merxplas
[24]
.
L'Eglise était au centre de
la vie des Russes d'Anvers. Pour certains, l'église russe
à Anvers était même un argument important pour s'installer
dans cette ville. Les dimanches, après la liturgie, les paroissiens
allaient en procession aux cafés Old
Tom ou Locarno,
près de la gare. Un nouveau venu, s'il voulait faire le plus
vite possible la connaissance des Russes de la ville, se précipitait
directement au boulevard Italiëlei. C'était aussi la route
préférée de ceux qui, dans le port d'Anvers, se
sont évadés des navires soviétiques
[25]
.
Mais dans l'église il n'y avait pas que des réfugiés.
Les
navires de l'URSS entrent, eux aussi, dans le port d'Anvers,
se rappelle Mgr Euloge dans ses mémoires. Il
arrive qu'un marin soviétique fasse un bond jusqu'à notre
église
[26]
.
Les Russes n'étaient pas les
seuls à avoir recours au prêtre de la paroisse de Saint-Georges.
Dans ses registres de mariages, pour les années 1934-1939, toujours
aux archives de la rue Daru à Paris, on trouve aussi quantité
de Bulgares et de ressortissants de la Tchécoslovaquie, évidemment
originaires de la Subcarpathie orthodoxe, qui faisait alors partie de
l'Etat tchécoslovaque. Lorsqu'en 1936, dans le port d'Anvers,
un mécanicien du bateau bulgare Balkan
a subitement trouvé la mort, c'est le prêtre russe du boulevard
Italiëlei qui a dit l'office des défunts et l'a enterré
au cimetière de Schoonselhof.
En même temps, au plus tard en
mars 1934, à Anvers, s'est instituée également
la paroisse de Saint-Séraphin-de-Sarov, sous la juridiction
du Synode de Karlovtsy. Un de ses organisateurs était I.V.Terpougoff
(1876-1955), juriste et chimiste, représentant officiel, en Belgique,
du chef de la Maison des Romanoff, le grand-duc Cyrille, cousin germain
du dernier tsar
[27]
.
Cette paroisse était encore moins nombreuse que celle de Saint-Georges,
ne comptant qu'une dizaine de familles. Les synodaux
n'ont donc pas réussi à gagner à leur cause la
plupart des Russes d'Anvers, et c'est probablement pour cela que les
synodaux
ne pouvaient pas se permettre un prêtre en résidence permanente
à Anvers. Leur hiéromoine Innocent ayant déjà
quitté la ville en été 1934, ils devaient se contenter
des visites plus ou moins régulières d'un prêtre
de Bruxelles. Une fois par mois, ou plus rarement encore, le Père
Alexandre (Chabacheff), de l'église bruxelloise de la Résurrection
du Christ, venait célébrer la liturgie à Anvers.
Cela se faisait dans l'une ou l'autre chapelle de la maison, chez les
Terpougoff, les Tchébycheff, ou les Tchernitchenko,
mais aussi dans une salle louée quelque part à la Jodenstraat
[28]
.
Une des caractéristiques de
la vie religieuse des Russes d'Anvers furent les rapports suivis entre
plusieurs partisans des deux Eglises. Sur les rives de l'Escaut, les
barrières entre les eulogiens
et les synodaux
n'étaient pas infranchissables. Selon un des anciens de l'Anvers
russe, dans les familles d'officiers
les clivages des juridictions se faisaient moins sentir; on fréquentait
toutes les églises. Un élément
de liaison entre les deux communautés était la famille
Tchernitchenko. Mme T.V.Tchernitchenko (1884-1970), femme d'un
colonel, qui travaillait, à Anvers, comme gardien de nuit au
Club Diamantaire, appartenait à la juridiction de Karlovtsy et
a même aménagé sa propre chapelle domestique. Mais
la dévotion religieuse de cette dame, aussi pieuse que pauvre,
s'élevait au-dessus des barrières dressées par
la juridiction. Tous les dimanches qu'elle n'avait pas chez elle son
prêtre de Bruxelles, elle se rendait sans complexe à l'église
eulogienne de Saint-Georges
[29]
.
D'autre part, l'ancien Anversois d'origine
russe, K.V.Mordvinoff ( 1910), a
souligné, pendant notre entretien, que son père assistait
aux services religieux non seulement dans son
église eulogienne (où le prêtre a dit, en 1939,
l'office des morts pour sa femme), mais aussi chez la
vieille Tchernitchenko et même chez les synodaux
à la Jodenstraat. Presque tous les Russes d'Anvers se souviennent
des services chez Mme Tchernitchenko, où tous les murs étaient
couverts d'icônes et un perroquet volait dans la chambre, en criant,
en français, Vive le roi!
[30]
.
Parfois, les eulogiens
et les synodaux
priaient ensemble dans l'église grecque.
En
février 1936, le Père Stéphane de la paroisse de
Saint-Georges, a été replacé par l'Administration
Diocésaine à Stockholm pour céder ses fonctions
au Père André (A.E.Nassalsky) (1899-après
1950), ancien ingénieur et officier de l'armée blanche,
célibataire lui aussi, prêtre assistant de la paroisse
d'Asnières, en France. Son prédécesseur était
adoré par les Russes d'Anvers pour son énergie, sa vivacité
et son tempérament social; il visitait ses ouailles tous les
jours, à bicyclette; il aimait jouer au football et même
aux cartes, sa croix pectorale ôtée et Pardonnez-moi,
Seigneur sur les lèvres
[31]
.
Le Père André, petit, timide, absorbé plutôt
par ses livres et sa collection d'anciennes cartes postales russes,
était beaucoup moins populaire à Anvers. Toutefois, la
vie paroissiale allait son train. Il y a une photo de groupe, où
44 paroissiens se sont rassemblés autour de leur prêtre,
le Père André, dans la cour de la Mission Suédoise.
On voit aussi un petit clocher russe, en bois, très élégant,
à l'instar de l'architecture en bois du Nord de la Russie, ne
comportant qu'une seule cloche.
L'église ne cessait de s'embellir.
Un comité de dames, dirigé par O.V.Népénine
(1883-?), veuve de l'ancien commandant de la flotte russe de la mer
Baltique, et par V.S.Kartchaguine (1882-1969), veuve d'un directeur
du gymnase, veillait
à la propreté et à la décoration de l'église.
En 1937, on a enfin décidé de se pourvoir d'un choeur.
Plus tard, c'est Mme N.A.Sozonoff ( 1903), fille
du prêtre de l'église russe à La Haye, - depuis
1938 à Anvers - qui a beaucoup contribué à y organiser
un vrai choeur paroissial
[32]
.
En
1938, le Père André, à son tour, a été
remplacé à Anvers par le très jeune hiéromoine
Paul (E.P.Golycheff) (1914-1979), étudiant à l'Institut
de Théologie à Paris. Il se distinguait par ses intérêts
culturels, ses connaissances de l'histoire de la Russie et de l'Eglise
russe. Dans son Rapport
(1941) le Père Paul décrit son école paroissiale
pour les enfants, à qui il apprenait le russe, la religion orthodoxe,
la géographie et l'histoire de la Russie. Les leçons continuaient
aussi pendant ses promenades avec ces enfants au Nachtegalenpark tous
les mercredis après-midi. Pour les adultes il y avait, tous les
samedis soir, de petites causeries religieuses, et ce entre deux tasses
de thé chez le prêtre. Il a aussi essayé, sans succès
d'ailleurs, d'établir des contacts avec les Russes qui travaillaient
dans le port, dont la majorité ne mettait jamais les pieds à
l'église.
Tout comme ses prédécesseurs,
il se souciait de l'embellissement de l'église. En 1939, avec
la permission du métropolite Euloge, l'église Saint-Georges
a obtenu de La Haye 22 icônes de l'ancienne chapelle de camp de
la grande-duchesse russe Anna Pavlovna, épouse du roi Guillaume
II des Pays-Bas. Le Père Paul, moine et ascète, a aussi
réformé la vie paroissiale qui lui semblait trop mondaine:
concerts, bals, tombolas... En finir sur-le-champ, cela voulait dire
priver la paroisse de toutes ses ressources. Mais à partir de
1939, à la requête du prêtre, les soirées
de bienfaisance furent abandonnées, tandis que les contributions
des paroissiens augmentèrent légèrement.
En mai 1940, la guerre est venue bouleverser
la petite et paisible paroisse. Au centre de la ville, le Père
Paul, qui portait toujours sa soutane noire de moine, a été
arrêté par la police belge: par la faute de son habit exotique,
on l'a pris pour un... parachutiste allemand. Ce malentendu n'a duré
qu'une demi-heure, mais l'avenir ne promettait rien de bon
[33]
.
Peu à peu, la vie dans l'Anvers
occupée semblait se normaliser. En août 1940, le prêtre
a repris la correspondance avec Mgr Euloge: Dans
ma paroisse tout va bien, Dieu merci! Nous n'avons pas beaucoup souffert
des faits de guerre et le travail paroissial continue comme auparavant.
Dans quelques jours nous allons célébrer un Te Deum pour
remercier Dieu de nous avoir épargnés. Presque tous mes
paroissiens sont à l'heure actuelle en place.... Mais les
causeries chez le prêtre étaient finies, aussi bien que
l'école pour les enfants et la caisse de prêts pour les
Russes nécessiteux.
A peu près en même temps,
l'archevêque Alexandre a rapporté à Paris, lui aussi,
des nouvelles d'Anvers: Presque toute
la colonie russe appartient à la juridiction du métropolite
Euloge. Il est vrai qu'il y avait, auparavant, deux paroisses à
Anvers. Maintenant, [des synodaux]
il n'en reste que quelques sympathisants. La décadence
de la paroisse de la juridiction de Karlovtsy pendant la guerre
est aussi attestée par le Père Paul (1941): ...A
présent, leur paroisse est fermée. La dernière
fois, ils ont célébré la liturgie, dans un appartement
privé, à l'Epiphanie de 1940. Certains de leurs anciens
paroissiens fréquentent, actuellement, notre église à
nous (...) sans inviter de Bruxelles leur propre prêtre.
Dans sa lettre du 2 septembre 1940, le Père Paul précise:
Certains
de leurs paroissiens viennent chez nous, même à la communion;
d'autres ne fréquentent pas encore notre église, mais,
par l'intermédiaire de certaines personnes, ils ont déjà
exprimé leur intention et leur désir de le faire. Chez
nous, tous les paroissiens me soutiennent et il n'y a aucun désaccord.
Dans l'ancienne paroisse de Karlovtsy, au contraire, tout le monde est
brouillé avec tout le monde, et même ceux qui organisaient
chez eux leurs services, se sont querellés avec tous leurs prêtres,
et sont devenus nos paroissiens.
Cependant, ce triomphalisme eulogien
du Père Paul s'est révélé prématuré.
Les nazis ont soutenu ouvertement l'Eglise Russe hors-frontières.
En Belgique, comme ailleurs, le clergé synodal
essayait, avec l'aide de l'occupant, d'arracher à l'Eglise du
métropolite Euloge toutes ses paroisses. Une partie du clergé
eulogien a subi des répressions
[34]
.
Le 4 novembre 1940, par suite des intrigues et des dénonciations,
l'archevêque Alexandre de Bruxelles a été arrêté
par la gestapo, près de l'autel même de son église,
et a été déporté à Berlin.
En 1941, à Bruxelles, conformément
aux ordres des Allemands, s'est organisé un comité chargé
des affaires des Russes en Belgique (Russischer
Selbsthilfeausschuß für Belgien).
Pour qu'un réfugié russe fût reconnu comme tel par
les autorités d'occupation, il devait obtenir de ce comité
un certificat spécial (Volkstumbescheinigung).
Si le comité le lui refusait, le demandeur se voyait exposé
au plus grave danger. Aux prêtres d'obédience eulogienne
le comité a demandé de s'adresser à un archevêque
de la juridiction de Karlovtsy pour une confirmation de leur rang de
prêtre. A Anvers, le Père Paul, qui croyait encore à
la neutralité des Allemands (...Les autorités allemandes
sont plutôt bien disposées envers moi personnellement et
notre paroisse), a refusé de s'adresser
à l'archevêque adversaire. Sa Volkstumbescheinigung
il ne l'a jamais obtenue. En janvier 1942, le Père Paul a été,
lui aussi, arrêté et déporté en France. Ce
n'est que quelques jours plus tard que le comité de Bruxelles
a informé le bourgmestre d'Anvers que le prêtre Paul Golycheff
niet
mag beschouwd worden als russische vluchteling
[35]
.
En explorant les archives belges, j'ai
pu constater que le Russischer
Selbsthilfeausschuß avait toujours
refusé le certificat de réfugié russe à
ceux que l'on soupçonnait d'avoir une goutte de sang juif dans
les veines. En effet, presque tous les anciens de l'Anvers russe m'ont
déclaré que le Père Paul avait une mère
juive. Son dossier aux archives de la ville d'Anvers ne confirme nullement
cette version, mais ne la contredit pas non plus. Quant à lui-même,
en 1941, il écrit dans son autobiographie: Je suis né de parents
russes orthodoxes.... Mais, quoi qu'il en soit,
les archives de la rue Daru à Paris démontrent incontestablement
que les répressions contre le Père Paul n'étaient
qu'un épisode d'une longue campagne de persécutions contre
le clergé eulogien en Belgique. Par exemple, en ce même
janvier 1942, on a expulsé de Bruxelles le prêtre André
Nassalsky, tandis que le Père Georges Tarassoff, lui aussi installé
à Bruxelles à cette époque-là, risquait,
à tout moment, la même épreuve.
D'après les lettres du Père
Paul, écrites en France en 1942, il a été éloigné
d'Anvers, parce que les synodaux
et surtout le clergé bruxellois de la juridiction de Karlovtsy
tentaient de s'emparer de sa paroisse. Juste après la déportation
du Père Paul, un prêtre synodal
est venu à Anvers pour persuader les paroissiens d'abandonner
l'obédience eulogienne et d'organiser une nouvelle paroisse avec
un prêtre qu'on leur aurait envoyé de Bruxelles. Mais les
paroissiens lui ont répondu que le Père Paul avait déjà
confié sa paroisse à l'église... grecque et que
depuis lors, ils assistaient toujours à la liturgie que le prêtre
grec célébrait maintenant, en grande partie, en slavon.
En novembre 1942, le Père Paul
écrit à Mgr Euloge que quelques mois après ces
évènements-là, le même prêtre synodal
a dit aux paroissiens d'Anvers qu'il a été
chargé - par qui? -de célébrer les offices dans
notre église. Il a donc
demandé que le marguiller D. A. Orloff lui ouvre l'église
Saint-Georges. Le marguiller était obligé
d'accepter cela. Mais trois jours après (...), le pasteur suédois,
qui nous louait un local pour notre église, a déclaré
qu'il avait besoin de notre local.
Par conséquent, l'église a été définitivement
fermée et tous les biens de la paroisse ont été
mis en dépôt dans un autre local de la Mission Suédoise.
Cette
lettre ne dissimule pas que la démarche du pasteur suédois
avait été ingénieusement préparée
par le Père Paul lui-même. Son stratagème était
clair: rendre les paroissiens aux Grecs et l'église aux Suédois,
pour qu'ils la tiennent sous clé, jusqu'à son retour à
Anvers, plutôt que de la céder aux synodaux.
Avant
mon départ, j'ai mis le pasteur suédois au courant de
toute l'affaire et je l'ai prié de ne laisser personne entrer
dans l'église, sauf le marguiller, et il me semble que maintenant,
il a ainsi satisfait à ma demande. Certes, il est très
pénible de devoir détruire l'église créée
par tant d'efforts, mais je pense qu'il est tout de même préférable
de la tenir fermée pendant un certain temps plutôt que
d'y laisser célébrer les offices par des personnes que
rien n'arrête lorsqu'il s'agit de se procurer certains biens terrestres.
Déporté en France, le
Père Paul allait vers un destin tout à fait extraordinaire.
Vers la fin de la guerre, à Colombelles, en Normandie, il a fait
la connaissance des prisonniers de guerre soviétiques. Après
la libération, il s'est dit que la place d'un prêtre russe
était en Russie et il est parti pour l'Union Soviétique,
où il est même arrivé, plus tard, au rang d'archevêque
de Novosibirsk. Mais après, en 1977, grâce à l'intercession
des autorités françaises, Mgr Paul a pu quitter l'URSS
pour se rendre en France, et ensuite en Belgique
[36]
.
En septembre 1944, la Belgique était,
en grande partie, libérée. A la demande du métropolite
Euloge, le Père Georges (Tarassov), de Bruxelles, s'est
mis à ranimer les paroisses eulogiennes en Belgique. Le 29 septembre,
à Anvers, il a célébré la liturgie dans
l'église luthérienne des Suédois. Presque
tous les paroissiens se sont réunis, quelque 25 personnes, pour
qui cette liturgie était une grande joie, car c'était
la première liturgie après la déportation de leur
prêtre... Les paroissiens m'ont prié de venir de temps
en temps dans leur ville, et j'y ai consenti.
Mais les Russes d'Anvers restaient
vigilants. Lorsqu'en décembre 1944, l'Administration Diocésaine
leur a envoyé, de Bruxelles, le vieux archiprêtre Vladimir
(Fedorov), compromis par sa collaboration avec les synodaux
pendant la guerre, les paroissiens l'ont pratiquement refusé.
On a déclaré, à maintes reprises, aux autorités
ecclésiastiques à Paris que beaucoup de Russes d'Anvers
avaient quitté la ville à cause des bombardements et qu'il
n'y avait plus de ressources; la vie paroissiale était donc devenue
impossible. En effet, la ville était en ruine et la paroisse
de Saint-Georges ne comptait plus que 25 personnes au lieu de 150 avant
1940. Mais l'argument le plus fort était que le local de l'ancienne
église leur avait été enlevé,
revendiqué par ses propriétaires suédois. Le Père
Vladimir s'est vu obligé de transmettre, lui aussi, les arguments
de ses nouveaux paroissiens à Mgr Euloge, en lui demandant des
instructions. Le 21 juin 1945, à Paris, le vieux métropolite
a pris une décision radicale: La paroisse
orthodoxe russe dans la ville d'Anvers cesse d'exister.
La première église russe
à Anvers, fondée, en 1933, par suite du conflit au sein
de l'Eglise russe à l'étranger, a été fermée,
en 1942, à cause du même conflit, pour être supprimée
formellement en 1945.
Il est vrai que la vie paroissiale à Anvers
ne s'est pas éteinte immédiatement. Jusqu'à la
fin des années 50, le Père Georges (Tarassov),
le futur archevêque des Eglises orthodoxes russes en Europe Occidentale,
continuait de venir, une fois par mois, à Anvers pour célébrer
la liturgie dans l'église luthérienne suédoise,
toujours au 213, boulevard Italiëlei. Une trentaine d'anciens paroissiens
s'y rassemblait encore, en apportant avec eux, dans une valise, tout
ce qui est nécessaire pour les services religieux orthodoxes.
La plupart des icônes de l'église Saint-Georges ont été
offertes, peu après la guerre, aux églises russes de Liège
et de Charleroi. A Anvers, les Russes étaient déjà
trop peu nombreux pour instituer une nouvelle paroisse autonome et on
n'y songeait même plus
[37]
.
Aujourd'hui, aux environs d'Anvers,
à Schoten, existe une toute petite paroisse orthodoxe, organisée
par des Flamands et des Hollandais, et appartenant, elle aussi, à
la juridiction de la rue Daru à Paris. A Schoten, on célèbre
les offices presque toujours en néerlandais et il y a très
peu de Russes parmi les paroissiens. Mais, en souvenir de l'église
russe au boulevard Italiëlei, la paroisse de Schoten porte le nom
de l'Orthodoxe
Communauteit van de Heilige Georgios te Antwerpen.
Elle s'inscrit avec conviction dans la tradition de l'ancienne paroisse
russe d'Anvers des années trente et quarante
[38]
.
21 novembre 1998
Renaissance d’une paroisse russe à Anvers
La
réelle renaissance d’une paroisse russe dans la ville sur
l’Escaut survint en 1999, quand un groupe d’initiative,
dirigé par O. Yakovlevskaya avec la bénédiction
de l’archevêque Simon de Bruxelles et de Belgique, commença
à chercher un local dans lequel on pourrait célébrer.
Leurs efforts furent couronnés de succès, et le 31 octobre
de la même année l’archevêque orthodoxe russe
Simon vint de Bruxelles pour présider solennellement la première
Divine Liturgie dans l’ancienne cave de la maison de Jacob Jordaens,
dans la Reyndersstraat, en plein cœur d’Anvers. En ce dimanche,
où était célébrée la mémoire
du saint apôtre et évangéliste Luc, la sainte Eucharistie
réunit de nombreux fidèles et les orthodoxes d’Anvers
– qui constituaient une communauté assez nombreuse - purent
ainsi à nouveau avoir leur église, qui fut dédiée
à la Nativité du Christ (c’était la veille
du jubilé de l’an 2000).
Cet événement avait sa symbolique particulière. La première église russe à Anvers, fondée au milieu des années 20, relevait de l’obédience du métropolite Euloge (Gueorguievsky), qui à l’époque était lié canoniquement et juridictionnellement avec le Patriarcat de Moscou. La direction de toutes les paroisses de l’Eglise russe en Europe occidentale lui avait été remise à titre provisoire en 1921 par décret du Patriarche de Moscou et de toutes les Russie Tikhon, en raison de l’impossibilité d’avoir des « relations correctes et libres » des églises de l’étranger avec la métropole de Petrograd [Saint-Petersbourg, dont relevaient jusque-là toutes les églises russes de l’étranger, NDLT], dans le contexte des cruelles répressions qui avaient commencé contre l’Eglise. Le passage en 1931 du métropolite Euloge sous l’omophore du Patriarche de Constantinople détermina également le sort de la paroisse d’Anvers, qui conserva son lien canonique avec l’Archevêché à Paris, tout comme la principale église russe en Belgique, celle de Saint-Nicolas de Bruxelles. Après le retour de cette dernière dans la juridiction du Patriarcat de Moscou en 1946, la paroisse d’Anvers fut formellement dissoute, même si elle continua à être desservie occasionnellement par un prêtre du diocèse de Paris. Dans les années 1970, les paroissiens restants reçurent quelques fois la visite de l’archevêque Paul [Golychev], revenu de Russie soviétique. A la fin des années 1990, cependant, vint le temps de « rebâtir » : une nouvelle vague d’émigration russe, encore plus importante que celle du passé, réta communauté assez nombreuse rétablit la succession spirituelle interrompue. Les péripéties de la révolution et de la guerre civile appartenaient à un passé désormais lointain. La vie religieuse en Russie connaissait un renouveau inattendu et retentissant, et le service pastoral des paroisses russes à l’étranger retrouva son chemin normal.
Dès
la fin de 1999, les célébrations devinrent régulières,
sous la présidence de l’archevêque Simon lui-même
et du prêtre d’origine hollandaise qui l’assistait
dans un premier temps, le P. Serge Merks. Début 2000, la paroisse
de la Nativité du Christ, grâce aux efforts soutenus du
groupe d’initiative et avec le soutien de l’évêque
catholique d’Anvers, put louer la grande église de St.
Joseph, près du parc municipal. Le 15 février de la même
année, Mgr Simon ordonna diacre le P. Gennadi Katamashvili, qui
résidait à Anvers. Après le retour du P. Serge
à Amsterdam, Mgr Simon continua à célébrer
la Liturgie dans l’église chaque week-end et lors des grandes
fêtes. Pour ce faire, il était aidé par les prêtres
des villes voisines : le recteur de la paroisse de Leuven le P. Alexandre
Yavarouski, le prêtre Dimitri Koulikov de Saint-Petersbourg, qui
travailla plusieurs années en Belgique en tant que chercheur-physicien,
et d’autres clercs.
Une date importante dans l’histoire de la paroisse fut sa reconnaissance officielle par les autorités belges en février 2004, ce qui permit à l’archevêque Simon de s’adresser immédiatement à Moscou pour demander l’envoi d’un prêtre-desservant. Le Saint-Synode fit droit à cette demande en mars de la même année, et mit à la disposition de l’archevêque Simon l’auteur de ces lignes, prêtre moscovite desservant alors l’église de Ste Catherine et travaillant au Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou (où le P. Paul Golychev avait, un temps, travaillé comme traducteur). La croissance progressive de la paroisse rendit nécessaire un second prêtre, et c’est pourquoi le 7 janvier 2006, l’archevêque Simon ordonna prêtre le diacre Gennadi, et lui attribua également la charge pastorale de la communauté nouvellement formée d’Ostende.
Ainsi, au carrefour des XXe et XXIe siècles, la communauté orthodoxe russe d’Anvers a connu sa deuxième naissance, mais avec un autre nom, celui de la Nativité du Christ.
prêtre
André Eliseev
recteur de la paroisse de la Nativité du Christ à Anvers.
1996
[2]
Voir un panorama plus détaillé de leur vie
à Anvers, dans Ronin
V. Russisch Antwerpen, 1915-1945 (en préparation).
Cette étude est la suite de Ronin
V. Antwerpen en zijn 'Russen', 1814-1914. Gand 1993.
[3]
Guédroïtz
A. Russische emigranten in België in het Interbellum,
in: Het land van de Blauwe Vogel. Russen in België. Antwerpen 1991, p. 120-123.
[4]
Cf. Wener J.
L'émigration russe blanche en Belgique durant l'entre-deux-guerres
(Mémoire de Licence en Histoire, UCL). Louvain-la-Neuve 1993,
p. 106.
[5]
Archives de l'Administration Diocésaine de l'Archevêché
des Eglises orthodoxes russes en Europe Occidentale, Paris, dossier
*Anvers+. Toutes les informations qui sont
mentionnées dans cet article sans que soient citées
les sources, proviennent justement de ce dossier-là.
[6]
Entretien avec Mme V. V. Kartchaguine-Lévikoff,
Anvers, 16.2.1994. Le prêtre grec à Anvers était
associé, jusqu'en 1920, à une église grecque
de Tiflis (Tbilissi) (cf. Stadsarchief Antwerpen. Modern Archief.
Individuele dossiers 166675), voilà pourquoi il connaissait
le russe.
[8]
Voir Pospelovskij
D.V. Russkaja Pravoslavnaja Cerkov'v XX veke. Moscou 1995, p. 119-139, 219-242; Seide G. Geschichte der Russischen Orthodoxen Kirche im Ausland
von der Gründung bis in die Gegenwart. Wiesbaden 1983, S.
7-126.
[14]
Cerkovnyj
Vestnik Zapadno-Evropejskogo Pravoslavnogo Russkogo Ekzarchata, octobre-novembre 1953, N 6, p.
3.
[16]
Entretien avec Mme T. V. Sozonoff-Zoethout, Anvers, 13.10.1994;
3.5.1995. D'après M. Oukhow, qui commence ses mémoires
justement par la description de l'église russe à Anvers,
elle était installée dans *de stallingen
van een oude herenwoning+ (Oukhow
M. Het verbrande testament. Brussel 1979, p. 5).
[25]
Entretien avec M. Oukhow, Anvers, 22.3.1994, en néerlandais.
Cf. Oukhow M. Het verbrande testament,
p. 8, 66.
[28]
Entretiens avec K. V. Mordvinoff, Bruxelles, 31.1.1994;
Mme V. V. Kartchaguine-Lévikoff, Anvers, 3.5.1994; Mme O. V.
Selezneff-Yanycheff, Bruxelles, 14.3.1994.
[34]
Voir Pospelovskij
D.V. Russkaja Pravoslavnaja Cerkov'v XX veke. Moscou
1995, p. 119-139, 219-242; Seide
G. Geschichte der Russischen Orthodoxen Kirche im Ausland
von der Gründung bis in die Gegenwart. Wiesbaden 1983, S.
7-126.